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Éditorial du jour — Haitímartes, 21 de julio de 2026

Éditorial du jour

Le reportage du Guardian sur le recrutement des enfants par les gangs haïtiens ne surprend plus guère par son sujet, devenu un élément établi du récit international sur Haïti. Ce qui mérite examen, c'est plutôt la manière dont la presse étrangère encadre ce phénomène et, surtout, ce qu'elle en omet.

L'article procède par accumulation de témoignages individuels, chacun plus horrifiant que le précédent. Davensky forcé de tuer à huit ans, Sara violée et réduite à l'errance, des enfants attachés à des postes de sentinelle ou utilisés comme chair à canon. Ces récits sont documentés avec soin, les chiffres cités avec prudence (la moitié des membres des gangs seraient des enfants, selon l'ONU). La presse internationale excelle à cette forme de reportage : l'accumulation de preuves du désastre.

Mais le cadrage reste singulièrement étroit. Les gangs y apparaissent comme des forces prédatrices qui s'emparent des enfants faute de mieux, une logique d'approvisionnement en combattants. L'analyse proposée est celle-ci : la violence crée un vide, le vide attire les enfants, les gangs les utilisent. C'est une mécanique, presque une équation. Ce qui disparaît dans cette formule, c'est la question de l'État absent, non comme simple constat énoncé une fois en passant, mais comme structure explicative centrale.

Le texte mentionne bien que « l'État n'existe plus » selon Pierre Espérance, directeur du Réseau national de défense des droits humains haïtiens. Mais cette affirmation demeure périphérique, une explication parmi d'autres. La presse internationale préfère se concentrer sur ce que font les gangs plutôt que sur ce que l'État ne fait pas. Elle préfère montrer l'enfant recruté que d'interroger les raisons structurelles pour lesquelles un enfant orphelin, affamé, déplacé, se trouve sans aucune institution capable de le protéger.

Il y a aussi une question de temporalité. Le reportage date l'accélération du phénomène à l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, marqueur commode pour la narration étrangère. Mais Haïti n'a pas soudainement perdu son État il y a trois ans. Ce qui s'est accéléré, c'est la visibilité du processus, pas nécessairement le processus lui-même. La presse internationale tend à traiter les crises haïtiennes comme des événements discrets plutôt que comme des continuités dégradées.

Le reportage mentionne également que les gangs offrent aux enfants ce que l'État ne fournit plus : nourriture, abri, un semblant de structure. C'est présenté comme une tactique de recrutement, ce qui est exact. Mais c'est aussi l'indication que dans l'absence totale d'alternatives institutionnelles, les gangs deviennent l'unique forme d'organisation sociale disponible pour les enfants les plus vulnérables. La presse étrangère voit cela comme une perversion. C'est aussi, plus simplement, une réalité de substitution.

Ce qui manque dans ce type de couverture, c'est toute perspective sur la manière dont cette situation pourrait être inversée, non par des interventions militaires ou humanitaires ponctuelles, mais par la reconstruction d'une capacité étatique minimale. La mission internationale mentionnée en fin d'article, la Gang Suppression Force, est présentée comme une solution, mais aucun analyste cité ne semble croire qu'elle résoudra le problème fondamental : tant qu'il n'existe pas d'État pour offrir aux enfants pauvres d'Haïti une alternative à la survie par le gang, le recrutement continuera.

La presse internationale excelle à documenter l'horreur. Elle est moins douée pour penser les conditions qui la produisent, et encore moins pour imaginer comment les transformer. Ce reportage du Guardian en est une illustration presque parfaite : précis, dérangeant, et finalement impuissant face à ce qu'il décrit.

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