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🇭🇹 Haitíviernes, 12 de junio de 2026

Éditorial du jour

Haïti réapparaît dans le regard international non pas en raison d'une évolution propre de sa situation, mais comme illustration d'une thèse plus large : celle du lien entre vulnérabilité climatique et fermeture des frontières américaines. Le Guardian, dans son analyse des restrictions migratoires de l'administration Trump, range Haïti parmi les 39 pays visés, le mentionnant aux côtés de la Syrie comme exemple de nation ayant subi "des sécheresses récentes et des hurricanes, ainsi qu'une agitation violente". C'est une formulation révélatrice dans son imprécision même.

Car ce qui frappe dans ce cadrage, c'est la manière dont le climat devient un prisme par lequel la presse internationale justifie ou explique les restrictions migratoires, tout en laissant dans l'ombre les dynamiques politiques et sociales spécifiques à Haïti. L'article du Guardian établit une corrélation statistique : 22 des 39 pays frappés d'interdiction figurent parmi les plus vulnérables aux chocs climatiques. C'est une observation valide. Mais en appliquant ce filtre climatique à Haïti, on risque de naturaliser ce qui est largement politique.

Haïti n'est pas frappé d'une interdiction d'entrée aux États-Unis parce qu'il est climatiquement vulnérable. Il figure plutôt dans cette liste parce qu'il est considéré comme instable, pauvre, et que ses ressortissants constituent une population migrante importante. Le changement climatique aggrave certes les conditions de vie et crée des pressions migratoires. Mais réduire la question haïtienne à une variable climatique occulte les choix politiques, les héritages coloniaux, les interventions externes, et les responsabilités des puissances riches qui ont contribué à la fois à la dégradation climatique et à l'instabilité politique haïtienne.

Ce qui est nouveau dans le traitement du jour, c'est que la presse étrangère découvre une cohérence dans la politique migratoire de Trump : elle cible systématiquement les pays les plus vulnérables. C'est un angle pertinent. Mais en le présentant ainsi, on convertit Haïti en cas d'école d'une logique globale, plutôt que de l'interroger comme nation confrontée à des choix spécifiques. Evelyn, la femme haïtienne citée dans l'article, parle de "barrières qui s'accumulent chaque jour". Son témoignage est poignant. Mais il est instrumentalisé pour servir une démonstration sur le climat et les frontières, plutôt que pour éclairer la situation concrète d'Haïti elle-même.

La presse internationale ne rend pas Haïti visible. Elle le rend utile à son récit.

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