Éditorial du jour
Lorsque la BBC Latin America titre que le match Haïti-Écosse était l'antidote aux maux du football mondial, elle énonce quelque chose de révélateur : Haïti n'existe dans le regard international que comme faire-valoir. Non pas comme nation, mais comme décor. Non pas comme adversaire digne d'intérêt, mais comme repoussoir qui permet à d'autres histoires de briller.
Le texte de la BBC est instructif précisément parce qu'il ignore Haïti. L'article s'ouvre sur la joie des supporters écossais dans les bus jaunes, sur la palpitation du retour à la Coupe du monde après vingt-huit ans d'absence. Il célèbre le caractère "brut, puissant et émotionnel" du spectacle, l'antidote au "cynisme et à la cupidité" du football moderne. Mais Haïti ? Haïti n'est qu'une présence physique sur le terrain, un obstacle à franchir, une équipe classée quatre-vingt-troisième au monde contre laquelle on ne devrait pas avoir de mal.
Or, voilà le problème : la BBC remarque que l'Écosse, favorite de ce match, a joué de manière laborieuse, a failli perdre, a dû s'accrocher jusqu'au bout. L'article note que Haiti "n'a pas mérité de perdre", qu'elle a été "bien meilleure que ses adversaires favoris pendant de longues périodes". Mais cette observation reste en marge du récit. Le véritable sujet n'est pas la performance d'Haïti, c'est la nervosité écossaise, le soulagement écossais, l'émotion écossaise.
C'est là que réside le cadrage : Haïti est instrumentalisé. Elle n'est pas vue pour ce qu'elle est—une équipe qui a presque créé l'exploit—mais pour ce qu'elle permet aux autres de ressentir. Elle est le faire-valoir qui rend la victoire écossaise plus douce, plus dramatique, plus mémorable. Elle est le 83e au classement FIFA, rappelé à plusieurs reprises, comme si ce chiffre justifiait que le match aurait dû être ennuyeux, sans enjeu, une simple formalité.
La BBC parle d'un antidote au football des grandes fortunes, du football sans âme. Elle loue la sincérité émotionnelle du match. Mais elle ne voit pas—ou ne veut pas voir—que cette sincérité s'applique aussi à Haïti. Les supporters haïtiens, eux aussi, étaient dans ce stade. Leurs émotions, leur fierté, leur déception finale, sont absentes du récit. Le match n'existe que du point de vue écossais.
C'est un phénomène classique du journalisme international : les petites nations, les équipes mal classées, les pays pauvres, ne sont jamais les sujets de leurs propres histoires. Ils sont des personnages secondaires dans le grand récit des autres. Haïti a joué un bon match, a failli créer une surprise, a montré une résilience remarquable. Mais cela n'intéresse pas. Ce qui intéresse, c'est comment cette performance rend plus dramatique, plus savoureux, plus authentique le retour de l'Écosse à la Coupe du monde.
Il y a une forme de condescendance dans cette approche, même si elle est involontaire. En célébrant l'authenticité émotionnelle du football face à sa commercialisation, la BBC utilise Haïti comme preuve que le vrai football existe encore. Mais ce vrai football, c'est celui des supporters écossais, pas celui des joueurs haïtiens. Haïti fournit le cadre, l'atmosphère, le contraste. Elle n'est pas le sujet.
C'est un rappel de la manière dont la presse étrangère regarde les petites nations. Elles ne sont jamais au centre de leur propre histoire. Elles sont toujours en train de faire quelque chose pour quelqu'un d'autre : illustrer une thèse, créer un décor, fournir un enjeu dramatique. Haïti, ce jour-là, a joué du football intéressant. Mais personne n'écrira un article sur cela.