Éditorial du jour
L'enlèvement d'un haut responsable de la sécurité haïtienne par le New York Times ne figure qu'en titre, sans développement apparent dans la couverture internationale. C'est un détail révélateur du traitement réservé à Haïti : l'événement est signalé, mais non interrogé. Il existe, sans exister vraiment.
Car ce qu'on observe ici, c'est une fragmentation de la narration internationale. Haïti apparaît dans les journaux du monde comme une succession de faits isolés—un enlèvement, une restriction migratoire, un match de football—sans que jamais ces fragments ne s'assemblent en récit cohérent. Chaque titre est une fenêtre qui se ferme aussitôt ouverte. Le responsable de la sécurité disparaît. Point. Aucun contexte sur les forces qui le visent, aucune analyse de ce que cet enlèvement signifie pour la capacité de l'État à fonctionner, aucune question sur qui commande ces opérations et pourquoi.
C'est peut-être là le vrai problème : Haïti ne souffre pas seulement de l'indifférence internationale, mais d'une indifférence fragmentée. Les médias étrangers rapportent ce qui arrive à Haïti comme on documente un phénomène naturel—une tempête, une coulée de boue—plutôt que comme on analyse une crise politique. Il n'y a pas de continuité, pas de fil conducteur, pas de tentative de comprendre. Il y a seulement des incidents qui s'accumulent dans l'indifférence.
Un haut responsable de la sécurité enlevé. C'est grave. Mais pour qui lit la presse internationale, c'est aussi invisible.