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🇭🇹 Haitísábado, 20 de junio de 2026

Éditorial du jour

La visite de Guterres en Haïti cette semaine produit un effet étrange sur la narration internationale : elle transforme l'impuissance en témoignage. France 24 rapporte que le secrétaire général de l'ONU a dénoncé l'indifférence du monde. Or cette formulation mérite d'être examinée non comme une critique de l'inaction, mais comme une description de la manière dont Haïti est couvert par la presse mondiale.

Indifférence est un mot qui suppose une connaissance préalable. On ne peut être indifférent que face à ce dont on est conscient. La presse étrangère, elle, n'est pas indifférente : elle documente avec régularité. Elle rapporte les chiffres, les enlèvements, les déplacements forcés. France 24 énumère les statistiques de 2026 : plus de 2.300 assassinats, 1,5 million de personnes déplacées, 700 victimes de violences sexuelles. Ces nombres sont précis, vérifiables, publiés. Mais la question qui demeure est celle-ci : à quel moment l'accumulation de données devient-elle un substitut à la compréhension ?

Ce qui frappe dans la couverture de cette visite, c'est que Guterres lui-même semble fonctionner comme un élément du récit plutôt que comme un acteur susceptible de le modifier. Il visite un refuge surpeuplé, il écoute des femmes décrire l'absence de privacité, il est forcé d'être évacué par les gardes de sécurité face à la détresse des réfugiés. Ces moments ont une charge dramatique évidente. Mais ils servent aussi à confirmer ce que la presse internationale répète depuis des années : Haïti est en effondrement, la situation s'aggrave, les institutions s'effondrent.

Le point de rupture que la presse étrangère semble incapable de franchir concerne la Fuerza de Eliminación de Pandillas. France 24 note que cette mission internationale, approuvée par l'ONU en septembre dernier et censée compter jusqu'à 5.500 agents, n'a déployé jusqu'à présent moins de 1.000 effectifs, issus de Jamaïque, d'El Salvador, du Guatemala et du Tchad. C'est un détail révélateur : une force créée pour résoudre une crise n'existe que partiellement. Guterres remercie profondément la République Dominicaine pour sa contribution, mais le récit demeure celui d'une solution en attente de déploiement, d'une institution internationale qui proclame l'urgence tout en avançant au ralenti.

Ce qui manque à la couverture internationale, c'est une interrogation sur la nature même de cette urgence proclamée. Guterres affirme que le rétablissement de la sécurité est essentiel, qu'il permettra une évolution politique avec des élections, que Haïti pourra s'intégrer à la communauité internationale. C'est une séquence logique : sécurité d'abord, puis politique, puis normalisation. Mais la presse étrangère ne demande pas si cette séquence a jamais fonctionné ailleurs, ni pourquoi elle fonctionnerait en Haïti. Elle accepte le diagnostic et rapporte les obstacles au traitement.

La vraie nouveauté du jour n'est donc pas que la situation s'aggrave, ni que les chiffres sont alarmants. C'est que Guterres lui-même, en visitant Haïti et en dénonçant l'indifférence du monde, confirme une réalité que la presse internationale digère sans la nommer : il n'existe pas de consensus international sur ce qu'il faudrait faire. Il existe une documentation croissante du problème, mais pas de volonté politique coordonnée pour le résoudre. L'indifférence que Guterres dénonce n'est pas l'absence de connaissance. C'est l'absence de décision.

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