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🇭🇹 Haitídomingo, 28 de junio de 2026

Éditorial du jour

La décision de la Cour suprême américaine du 25 janvier 2025 révèle moins sur Haïti que sur la manière dont la presse internationale construit son silence autour de lui. France 24, en rapportant l'autorisation donnée à l'administration Trump de révoquer le statut de protection temporaire pour 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens, pose une question que les journalistes ne posent pas : pourquoi Haïti figure-t-il dans ce jugement comme un pays où il est possible de renvoyer des gens, et non comme un pays où il est impossible de les renvoyer ?

Le texte de France 24 le dit clairement, mais sans en tirer la moindre analyse : Haïti demeure dangereux. Les avocats spécialisés dans l'immigration affirment que « les pays restent dangereux pour le retour ». Le document judiciaire cité mentionne quatre femmes haïtiennes déportées en février qui ont été retrouvées décapitées et jetées dans une rivière plusieurs mois plus tard. Voilà le fait brut. La presse étrangère le rapporte, puis passe à la question juridique : les juges peuvent-ils contester les décisions des responsables de l'immigration ? Le droit procédural américain devient le sujet, Haïti devient l'exemple.

Ce qui mérite attention, c'est le contraste que France 24 établit sans le souligner. La Cour suprême a déjà autorisé le retrait du TPS pour les Vénézuéliens. Elle autorise maintenant celui pour les Haïtiens et les Syriens. Mais les Haïtiens ne bénéficiaient de cette protection que depuis 2010, après le tremblement de terre, avec des prolongations successives « face à la violence des gangs qui a déplacé plus d'un million de personnes ». Les Syriens l'avaient depuis 2012, pendant une guerre civile qui a duré plus d'une décennie. Or, pour la Syrie, le contexte a changé : la chute du régime d'Assad en fin 2024 pourrait justifier, aux yeux de Washington, un retrait des protections. Pour Haïti, rien n'a changé. La violence des gangs n'a pas disparu. Le million de déplacés n'a pas retrouvé ses maisons.

La presse internationale, en couvrant cette décision, ne demande pas pourquoi l'administration Trump juge soudain Haïti assez sûr pour y renvoyer des gens. Elle rapporte que Trump avait amplifié pendant sa campagne des rumeurs fausses selon lesquelles les immigrants haïtiens volaient et mangeaient les chiens et les chats des Américains. Elle note que les autorités fédérales nient que l'animosité raciale ait joué un rôle. Elle mentionne que la Cour s'appuie sur une décision antérieure de l'ère Trump qui avait rejeté les accusations de partialité basées sur les publications sur les réseaux sociaux et avait maintenu l'interdiction de voyager pour plusieurs pays à majorité musulmane. Tous ces éléments sont là, mais ils restent des détails procéduraux. Le cœur du jugement demeure : la Cour estime que les juges ne peuvent pas contester les décisions des responsables de l'immigration.

Ce qui est nouveau dans la couverture d'aujourd'hui, c'est la rapidité. Depuis que Trump est revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025, le DHS a mis fin aux protections pour les personnes de treize pays, certaines en place depuis plus d'une décennie. Haïti figure parmi ces treize. La Cour suprême a validé cette accélération. France 24 rapporte aussi qu'à la Chambre des représentants, un projet de loi bipartite en avril aurait prolongé les protections pour les Haïtiens, mais il croupit au Sénat. Voilà l'autre récit : celui d'une administration qui agit vite, d'une Cour qui la laisse faire, et d'un Congrès qui parle mais ne bouge pas.

Pour Haïti lui-même, pour ceux qui y vivent, pour ceux qui ont fui et construisent une vie ailleurs, cette décision signifie une menace immédiate. Mais ce que la presse étrangère rapporte, c'est une décision de droit américain. Haïti n'est pas le sujet de l'histoire. C'est le terrain sur lequel une bataille juridique se joue. Et ce terrain, selon la Cour suprême, n'est plus assez dangereux pour justifier la protection. Il suffit de lire les faits pour voir que c'est faux. Mais c'est la décision qui compte, aux yeux de ceux qui décident. Et c'est la décision que la presse rapporte.

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