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🇭🇹 Haitíjueves, 23 de julio de 2026

Éditorial du jour

La presse internationale nous propose ce matin une formulation qui s'est cristallisée en formule : la violence des gangs aggrave la crise humanitaire en Haïti. France 24, en reprenant cette équation, ne fait que reconduire un cadrage devenu presque automatique. Mais il mérite qu'on s'y arrête, précisément parce qu'il repose sur une inversion silencieuse de causalité.

Le titre suggère que la violence des gangs est un phénomène autonome, une force qui vient ensuite dégrader une situation humanitaire par ailleurs préexistante. Or, cette séquence logique inverse l'ordre réel des choses. Ce qui caractérise la couverture étrangère d'Haïti, c'est justement son incapacité à voir que la crise humanitaire—l'effondrement des services publics, l'absence d'État, la pauvreté structurelle—n'est pas une conséquence de la criminalité organisée, mais son terreau. Les gangs ne sont pas des virus tombés du ciel sur une société saine. Ils prospèrent dans le vide laissé par l'État, dans les quartiers où l'absence de perspective économique et de protection offre aux jeunes une seule carrière viable.

En présentant les choses à l'envers, la presse étrangère nous propose une Haïti où le désordre criminel est le problème principal, et où la restauration de l'ordre public apparaîtrait comme la solution. C'est une vision qui arrange les puissances extérieures, car elle permet de penser l'intervention sécuritaire—les missions de police, les déploiements militaires—comme une réponse appropriée. Elle occulte ce qui demanderait bien plus de ressources et de patience : la reconstruction d'une économie, d'une administration, d'une légitimité d'État.

Ce que la couverture internationale ne dit jamais, c'est qu'on ne peut pas combattre les gangs en ignorant les raisons pour lesquelles les gens les rejoignent. Tant que ce silence persiste dans le récit étranger, Haïti restera une histoire sans solution, juste une succession de crises où chaque nouveau titre ressemble au précédent.

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