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🇭đŸ‡č HaitĂ­viernes, 7 de agosto de 2026

La presse Ă©trangĂšre, aujourd’hui, ne se contente pas de constater l’effondrement haĂŻtien. Elle en administre le traitement de choc, comme un mĂ©decin lĂ©giste qui dissĂ©querait mĂ©thodiquement les consĂ©quences d’une dĂ©cision politique plutĂŽt que la maladie elle-mĂȘme. L’article sur la fin des protections TPS pour les HaĂŻtiens aux États-Unis ne dĂ©crit pas un pays en crise, mais un systĂšme qui en accĂ©lĂšre la dĂ©sintĂ©gration depuis l’extĂ©rieur. Le dĂ©partement de la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure (DHS) ne parle plus de sĂ©curitĂ©, mais de chasse : *« Nous les attrapons maintenant »*, dĂ©clare Markwayne Mullin, comme si la dĂ©portation Ă©tait une opĂ©ration de maintien de l’ordre plutĂŽt qu’un abandon pur et simple. Le ton est celui d’une administration qui a choisi son camp – celui de la force brute – et qui assume, sans dĂ©tour, que des centaines de milliers de vies valent moins que la rigiditĂ© d’une politique migratoire.

Ce qui frappe, dans ce rĂ©cit, c’est moins la violence de l’annonce que sa banalisation. Le DHS Ă©voque des *« individus »* Ă  expulser, comme s’il s’agissait de colis encombrants plutĂŽt que de personnes ayant construit une existence, payĂ© des impĂŽts, travaillĂ© dans des secteurs essentiels. Les chiffres, pourtant, rappellent l’absurditĂ© de la dĂ©marche : les titulaires du TPS haĂŻtien ont injectĂ© 262 milliards de dollars dans l’économie amĂ©ricaine depuis 2001, selon FWD.us, une contribution que le gouvernement efface d’un trait de plume au nom d’une logique qui n’a plus rien d’humanitaire. La contradiction est flagrante : comment justifier l’expulsion de ceux que l’on considĂ©rait encore hier comme indispensables, alors mĂȘme que le dĂ©partement d’État dĂ©conseille Ă  ses ressortissants de se rendre en HaĂŻti, allant jusqu’à leur recommander de rĂ©diger un testament avant leur voyage ? Le gouvernement amĂ©ricain, observe Krish O’Mara Vignarajah de l’association Global Refuge, *« abdique de maniĂšre inconcevable »* sa responsabilitĂ© morale. Mais l’inconcevable est devenu la norme.

Le drame, c’est que cette politique ne se contente pas de frapper des individus : elle dynamite les derniĂšres illusions d’une diaspora haĂŻtienne qui, malgrĂ© les annĂ©es, n’a jamais rompu le lien avec une terre qu’elle ne reconnaĂźt plus. *« Ce n’est pas que nous ne voulons pas rentrer, c’est que la situation ne nous le permet pas »*, confie Harriett Cecilia Joseph, une ancienne bĂ©nĂ©ficiaire du TPS. Ces mots rĂ©sument toute l’hypocrisie du moment : on exige des HaĂŻtiens qu’ils retournent dans un pays que mĂȘme les États-Unis jugent invivable, tout en leur fermant les portes de l’asile ou de la rĂ©gularisation. Le systĂšme judiciaire, lui-mĂȘme, semble complice de cette farce. Une juge fĂ©dĂ©rale a levĂ© l’injonction bloquant la fin du TPS pour HaĂŻti, non par clĂ©mence, mais parce que la Cour suprĂȘme a sapĂ© les recours possibles. Les ordres de dĂ©portation explosent : +96 % entre mars et juin, selon TRAC. Les bracelets Ă©lectroniques, autrefois rĂ©servĂ©s aux criminels dangereux, s’imposent dĂ©sormais comme un accessoire ordinaire de la vie des HaĂŻtiens en attente d’expulsion. La machine administrative a gagnĂ© sa guerre contre l’humanitĂ©.

Pourtant, ce qui manque cruellement dans ce rĂ©cit, c’est la voix d’HaĂŻti elle-mĂȘme. Les mĂ©dias Ă©trangers, lorsqu’ils Ă©voquent le pays, le font toujours Ă  travers le prisme de l’urgence amĂ©ricaine : soit comme un repoussoir pour justifier des mesures rĂ©pressives, soit comme un dĂ©cor pour des drames individuels qui n’ont de sens que parce qu’ils touchent des migrants. Quand le *Guardian* publie les images de Daphy Michel mourant de froid Ă  Pittsburgh, il raconte une histoire amĂ©ricaine – celle d’une bureaucratie qui tue Ă  distance – mais pas celle d’HaĂŻti, ce pays dont les rues sont devenues le terrain de jeu des gangs et des seigneurs de guerre. Personne, aujourd’hui, ne se demande ce que signifie, pour un HaĂŻtien, recevoir un ordre de dĂ©portation alors que Port-au-Prince est en train de s’effondrer sous les coups de feu et les coupures d’électricitĂ©. Personne ne relie l’angoisse des familles haĂŻtiennes Ă  Washington ou Ă  Miami Ă  l’absence de structures capables d’absorber un seul retour forcĂ©. Le cadrage Ă©tranger reste prisonnier d’un miroir dĂ©formant : HaĂŻti n’existe que dans la mesure oĂč il perturbe l’ordre amĂ©ricain.

Et c’est lĂ  que rĂ©side l’ironie la plus cruelle. Alors que les États-Unis dĂ©pensent des fortunes pour construire des murs et des centres de dĂ©tention, ils oublient que leur politique migratoire est aussi une arme de destruction massive pour HaĂŻti. En privant des centaines de milliers de personnes de leur statut, en coupant les flux de devises que reprĂ©sentent ces travailleurs, en refusant toute voie lĂ©gale de rĂ©gularisation, ils aggravent une crise qu’ils prĂ©tendent vouloir rĂ©soudre. Les HaĂŻtiens ne sont plus des bĂ©nĂ©ficiaires de la protection temporaire : ils sont devenus des boucs Ă©missaires parfaits, des cibles faciles pour une administration qui cherche Ă  montrer sa fermetĂ©. Le pire, c’est que cette logique ne date pas de hier. Depuis des dĂ©cennies, la presse internationale a l’habitude de dĂ©crire HaĂŻti comme un cas dĂ©sespĂ©rĂ©, un pays maudit oĂč tout est toujours pire. Mais aujourd’hui, elle participe activement Ă  cette malĂ©diction en lĂ©gitimant, par son silence ou son indiffĂ©rence, une politique qui achĂšve de briser ce qui reste de ce pays.

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