Aujourd’hui, la presse étrangère semble avoir détourné son regard des crises politiques et des drames migratoires haïtiens pour se concentrer sur un angle plus discret, mais tout aussi révélateur : la violence contre le personnel humanitaire. France 24 Español, dans le cadre de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, choisit de mettre en lumière les chiffres de cette violence, un sujet souvent relégué en arrière-plan des grands récits sur Haïti.
Ce choix n’est pas anodin. Il dessine un pays où même ceux qui viennent aider sont pris pour cibles, où l’effondrement de l’ordre public atteint un tel degré que les humanitaires, traditionnellement perçus comme intouchables, deviennent des victimes parmi d’autres. Le cadrage est celui d’une spirale infernale : plus la crise s’aggrave, moins les secours peuvent opérer, et moins ils peuvent opérer, plus la crise s’aggrave.
Pourtant, ce traitement médiatique, aussi pertinent soit-il, reste parcellaire. Il ne dit rien des causes structurelles de cette violence, des responsabilités locales et internationales, ni des dynamiques des gangs qui instrumentalisent parfois ces attaques pour assoir leur contrôle. Il réduit Haïti à un décor de chaos, où les acteurs humanitaires deviennent les protagonistes malgré eux d’une tragédie sans fin.
On pourrait s’attendre à ce que cette journée soit l’occasion d’une réflexion plus large sur l’efficacité de l’aide internationale, sur ses limites, voire sur ses échecs. Mais non. Le récit reste celui d’une victimisation à sens unique, où Haïti n’est jamais qu’un problème à gérer, jamais un acteur à écouter.
Une fois encore, le regard extérieur se contente de constater les symptômes sans interroger les maux. Et si la presse étrangère parvient à montrer les humanitaires en danger, elle oublie trop souvent de demander pourquoi ils le sont — et surtout, pourquoi ils doivent l’être.