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🇭🇹 Haitíjueves, 8 de octubre de 2026

La couverture étrangère d'Haïti, ce matin, tient dans une poignée de dépêches que l'on pourrait lire comme un inventaire de malentendus. Il y a d'abord cette question posée au lecteur, quelque part dans un fil d'agence : la situation en Haïti vous préoccupe-t-elle ? La formulation mérite qu'on s'y arrête. Non pas « que savez-vous d'Haïti », ni « que peut-on y faire », mais bien : cela vous préoccupe-t-il. Le pays devient ainsi une affaire de sensibilité personnelle, une préoccupation parmi d'autres, à côté du climat et des taux d'intérêt. Le regard extérieur ne cherche plus à comprendre Haïti ; il sonde son propre public pour savoir s'il lui reste assez de curiosité pour s'y intéresser. C'est une manière élégante de déplacer la question : le problème n'est plus ce qui arrive à Haïti, mais l'attention que nous consentons à lui accorder.

Dans le même mouvement, un titre tranche : Haïti échoue et gèle pour la troisième fois ses élections. Le verbe est sans appel, et il faut reconnaître qu'il porte une part de vérité que les communiqués officiels s'évertuent à noyer. Mais ce que le cadrage étranger retient, c'est l'échec comme identité, la troisième fois comme fatalité arithmétique. Il ne dit rien des rapports de force qui rendent un scrutin impossible, rien des acteurs qui ont intérêt au vide, rien de la manière dont l'absence d'élections sert d'alibi à ceux qui gouvernent sans mandat comme à ceux qui bloquent sans programme. Le pays est sommé de produire des élections comme on somme un élève en difficulté de rendre sa copie, sans jamais se demander qui a déchiré le cahier.

À cette trame de l'échec s'ajoute une autre, plus insidieuse : Haïti, à prendre plus au sérieux. Le titre a l'air d'un reproche adressé au monde, et l'on pourrait s'en réjouir. Mais prenons-le au mot. Prendre Haïti au sérieux, dans la grammaire des rédactions internationales, signifie généralement cesser de la traiter comme un décor exotique pour en faire un dossier géopolitique. C'est un progrès, sans doute. C'est aussi une manière de rappeler que le pays n'a été, jusqu'ici, ni écouté ni compté. La formule dit moins la reconnaissance d'une souveraineté que le constat tardif d'un aveuglement. Haïti n'a pas changé de nature ce matin ; c'est le regard qui s'ajuste, et l'on ne sait pas encore s'il s'ajuste par lucidité ou par inquiétude.

Le reste du fil confirme cette tension entre le sérieux qu'on réclame et la légèreté avec laquelle on traite le pays. Un même jour, la presse étrangère annonce qu'Haïti progresse de quatre places au classement de la FIFA — deux fois, comme si la nouvelle méritait d'être répétée — et qu'un rapport judiciaire soulève la question de savoir s'il sera sans conséquence. Voilà le grand écart : d'un côté, le football, seule grille où Haïti avance ; de l'autre, la justice, seule grille où elle recule sans que personne n'en tire les suites. Entre les deux, l'ouverture de l'année judiciaire, résumée en une formule qui dit tout : manque de moyens et nécessité de renforcer l'État de droit. Le cadrage extérieur excelle à empiler ces constats sans jamais les relier. Il constate le délabrement, il constate l'impunité, il constate l'absence de moyens, et il passe au classement FIFA comme on tourne une page.

Il faut pourtant noter une dépêche qui détonne dans cet ensemble : Barbancourt lance le rhum Héritage 1862 et élargit son savoir-faire avec une nouvelle méthode de distillation. C'est la seule information du jour où Haïti apparaît comme productrice, comme héritière d'un savoir-faire, comme pays qui exporte autre chose que sa misère. On aurait tort de la traiter comme une anecdote. Elle révèle, par contraste, ce que la couverture étrangère choisit ordinairement d'ignorer : une économie réelle, des entreprises, une histoire industrielle ancienne, une capacité d'innovation. Que cette dépêche cohabite, dans le même fil, avec l'échec électoral et la question de savoir si le lecteur se sent concerné en dit long sur la hiérarchie implicite des nouvelles. Le rhum est une curiosité ; l'échec est une structure. Le premier se déguste, le second se commente.

Ce qui est nouveau ce matin, ce n'est donc pas un événement — la situation n'a guère bougé, et il faut le dire sans détour. C'est une nuance dans la manière de poser Haïti : non plus seulement comme un pays en crise, mais comme un pays dont la crise finit par interroger ceux qui la regardent. La question « cela vous préoccupe-t-il » et l'injonction « à prendre plus au sérieux » sont les deux faces d'un même aveu. Le regard extérieur commence à comprendre que son indifférence fait partie du problème, sans encore oser en tirer les conséquences. Il continue de mesurer Haïti à l'aune de ses manques — élections gelées, justice sans moyens, État de droit à renforcer — et concède, du bout des lèvres, qu'il faudrait peut-être s'y intéresser davantage. Entre le rhum qui vieillit et les scrutins qui se congèlent, Haïti reste, pour la presse étrangère, un pays dont on parle surtout pour se demander si l'on devrait en parler.

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