La couverture Ă©trangĂšre dâHaĂŻti, ce matin, tient en quatre dĂ©pĂȘches et un aveu. Lâaveu est dans le titre lui-mĂȘme : quand la promesse dâune solution dirigĂ©e par les HaĂŻtiens commence Ă sâestomper. VoilĂ une formulation qui mĂ©rite quâon sây arrĂȘte, car elle dit moins sur HaĂŻti que sur ceux qui lâobservent. La formule « dirigĂ©e par les HaĂŻtiens » a longtemps servi de sĂ©same diplomatique, de formule rituelle prononcĂ©e dans les chancelleries pour justifier lâattente, le retrait, lâabsence de dĂ©cision. Quâelle « commence Ă sâestomper » signifie probablement que ceux qui lâemployaient envisagent dĂ©sormais de la remplacer par autre chose â sans que lâon sache quoi. Le titre ne le dit pas. Il constate lâusure dâun slogan, pas la naissance dâune politique.
Ă cette dĂ©pĂȘche sâajoute un Ă©cho caracassien : un sĂ©minaire acadĂ©mique sur la solidaritĂ© « historique et inaliĂ©nable » entre le peuple haĂŻtien et le Venezuela. Lâadjectif est gĂ©nĂ©reux, lâinitiative lâest moins. Un sĂ©minaire nâest pas une politique, et la solidaritĂ© proclamĂ©e depuis une salle de confĂ©rence ne pĂšse guĂšre sur le quotidien de Port-au-Prince. Mais le titre a le mĂ©rite de rappeler quâHaĂŻti nâexiste pas seulement dans le regard des puissances qui la surveillent ; elle existe aussi dans les rĂ©cits de ceux qui lâinstrumentalisent. Ce sĂ©minaire est moins un acte de soutien quâun acte de positionnement, dans un contexte rĂ©gional oĂč chacun cherche Ă inscrire HaĂŻti dans sa propre gĂ©nĂ©alogie.
Puis vient lâaccusation. PelegrĂn Castillo, dont le titre ne prĂ©cise pas la fonction, attribue aux Ătats-Unis et aux « puissances Ă©trangĂšres » lâeffondrement dâHaĂŻti. Câest une thĂšse connue, ressassĂ©e, et le fait quâelle soit reprise aujourdâhui dans une dĂ©pĂȘche ne lui donne pas plus de consistance. Elle a pourtant ceci dâintĂ©ressant quâelle inverse le sens habituel de la causalitĂ© : ce ne serait pas lâeffondrement qui attire les ingĂ©rences, mais les ingĂ©rences qui produisent lâeffondrement. Lâanalyse mĂ©rite dâĂȘtre discutĂ©e, pas seulement relayĂ©e. Or le fil international la relaie sans la discuter, comme il relaie tout le reste : en vrac.
Et puis il y a le sport. HaĂŻti-USA en quart de finale de la Ligue des nations, dates connues. Câest la seule information du jour qui ne soit pas un commentaire sur HaĂŻti, mais un fait la concernant directement. Une Ă©quipe haĂŻtienne qui joue, qui se qualifie, qui affronte les Ătats-Unis sur un terrain neutre â voilĂ une dĂ©pĂȘche qui ne parle ni dâeffondrement, ni de solidaritĂ©, ni de responsabilitĂ© Ă©trangĂšre. Elle parle de onze joueurs et dâun ballon. On aurait tort de croire que câest anecdotique. Câest mĂȘme, dans le lot, la seule ligne qui traite HaĂŻti comme un sujet et non comme un objet.
Le reste, il faut le dire franchement, ne bouge guĂšre. Les mĂȘmes formules, les mĂȘmes postures, les mĂȘmes accusations sans preuves et les mĂȘmes promesses sans titulaires. Ce qui est nouveau, ce matin, câest peut-ĂȘtre seulement ceci : la formule « solution dirigĂ©e par les HaĂŻtiens » commence Ă ĂȘtre usĂ©e jusquâĂ la corde, et personne, dans les quatre dĂ©pĂȘches du jour, ne propose de la remplacer par une autre. On constate lâĂ©puisement dâun mot dâordre sans en inventer un nouveau. Câest peu. Câest dĂ©jĂ quelque chose : le moment oĂč un slogan sâĂ©teint est souvent celui oĂč une politique pourrait naĂźtre. Encore faudrait-il quelquâun pour sâen saisir.