Inicio/Opiniones · Haití
En vivo
🇭🇹 Haitímiércoles, 14 de octubre de 2026

Ce matin, la presse étrangère parle d’Haïti comme d’une équipe de football. Huit dépêches, et six d’entre elles renvoient au ballon rond : une sélection exilée en Jamaïque parce que son stade est occupé par ce que le titre appelle une « occupation criminelle », une défaite 7-1 face à l’Australie au Premundial féminin de la Concacaf, un match contre les États-Unis, un but de Bellegarde en Angleterre, et jusqu’au Costa Rica qui pourrait affronter « l’une des sélections championnes du monde » en novembre. Voilà le fil narratif du jour : Haïti, pays sans équipe chez lui, réduit à un maillot qui voyage. Le stade occupé n’est pas une métaphore. C’est un fait rapporté, et il en dit plus que bien des analyses : il n’y a plus d’enceinte où jouer, donc plus d’espace public où se rassembler, et la sélection joue ses matchs « à domicile » ailleurs. La presse sportive enregistre cela comme une contrainte logistique. C’est en réalité une définition du pays.

Ce que ce cadrage souligne, c’est la capacité d’Haïti à continuer d’exister dans les classements, les calendriers, les transferts. Un vol de Sunrise Airways qui déplace Newark à JFK pour doubler ses liaisons vers New York : là encore, une ligne qui relie Haïti au monde, mais par la diaspora, par ceux qui partent ou qui reviennent. Rien sur la vie quotidienne à Port-au-Prince, rien sur la sécurité, rien sur la gouvernance, sinon par ricochet. L’ancien ministre des Forces armées qui réclame une enquête sur l’affaire des munitions apparaît comme une exception : une dépêche institutionnelle, presque incongrue au milieu des scores et des horaires de vol. Elle indique qu’il existe encore un État qui s’interroge sur lui-même, mais elle est seule à le faire, et noyée dans le bruit des matchs.

Ce qui est nouveau, ce n’est donc pas qu’Haïti aille mal — cela ne bouge pas. C’est que le regard extérieur s’organise de plus en plus autour du sport et de la mobilité, comme si le pays n’était plus un sujet politique mais une série de résultats et de destinations. La XVe Semaine internationale de la poésie à l’UASD, mentionnée au passage, rappelle qu’il existe une vie intellectuelle ; elle est traitée comme une brève culturelle parmi d’autres. Le contraste est net : d’un côté, une sélection qui s’incline 7-1 et un stade occupé ; de l’autre, une semaine de poésie. La presse étrangère ne choisit pas entre les deux, elle les aligne. C’est peut-être cela, la nuance du jour : Haïti n’est plus seulement un pays dont on parle mal, c’est un pays dont on parle par fragments, et ces fragments sont de plus en plus souvent des scores. Il faut le dire sans cynisme : ce n’est pas une amélioration, c’est un déplacement du regard. Et ce déplacement, à sa manière, en dit long sur ce que l’extérieur accepte de voir.

Partager