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🇭🇹 Haitímartes, 23 de junio de 2026

Éditorial du jour

La question que pose France 24 ce matin — « Pourquoi Haïti s'est-il transformé en État défaillant ? » — mérite d'être lue moins comme une enquête que comme une confession de méthode journalistique. Car ce qui frappe dans cette formulation, c'est qu'elle place la transformation au cœur du problème, comme si Haïti avait basculé d'un état antérieur de fonctionnement vers un effondrement récent. Or le texte lui-même contredit cette prémisse en remontant aux origines : la dette imposée par la France après l'indépendance, les interventions étrangères successives, les crises politiques internes.

Cette tension entre le titre et le contenu révèle quelque chose d'important sur la manière dont la presse internationale cadre Haïti. Elle cherche un moment de rupture, un point de basculement qui expliquerait la situation actuelle. La violence des gangs, la faiblesse des institutions, l'instabilité politique deviennent ainsi les marqueurs d'une crise « profonde », selon le vocabulaire de France 24. Mais en retraçant l'histoire jusqu'à la période post-indépendance, le média reconnaît implicitement qu'il n'existe pas de tel moment de rupture — que la trajectoire est plutôt celle d'une accumulation, d'une continuation sous des formes diverses.

Ce qui disparaît dans ce cadrage, c'est la question du présent comme choix. En ramenant tout à des causes historiques — la spoliation coloniale, les interventions externes — la narration internationale transforme Haïti en objet de forces qui le dépassent. Les gangs, la faiblesse institutionnelle deviennent des symptômes plutôt que des phénomènes à analyser dans leur propre dynamique contemporaine. On ne sait rien, à la lecture de ce titre, de qui contrôle quoi aujourd'hui, de quels acteurs locaux façonnent la réalité présente, de ce qui pourrait changer demain.

France 24 pose une question qui demande une explication historique longue et complexe, ce qui est légitime. Mais cette approche tend à naturaliser l'effondrement, à le rendre inévitable rétrospectivement. Haïti devient un cas d'école de la malédiction historique plutôt qu'un pays où des décisions, des stratégies, des luttes se jouent chaque jour. C'est une forme de compassion qui fige.

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