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🇭🇹 Haitíviernes, 26 de junio de 2026

Éditorial du jour

Haïti disparaît à nouveau du récit international, mais cette fois par la porte de service d'une salle d'audience américaine. La décision de la Cour suprême des États-Unis du 25 juin, qui autorise l'administration Trump à retirer le statut de protection temporaire à 350 000 Haïtiens, ne porte pas sur Haïti lui-même. Elle porte sur le droit procédural américain, sur l'autorité exécutive, sur les limites du contrôle judiciaire. Haïti n'y est qu'un cas d'application, un chiffre parmi d'autres, une géographie du problème migratoire américain.

Ce qui frappe dans la couverture de France 24 Español, qui rapporte le jugement, c'est la précision avec laquelle elle documente le raisonnement de la majorité conservatrice : la Cour a tranché que les juges n'ont pas le droit de questionner la procédure par laquelle les autorités migrantes révoquent les protections. C'est une victoire procédurale pour Trump, une deuxième victoire judiciaire en quelques jours sur des questions migratoires. Mais cette victoire procédurale a des conséquences très concrètes pour les Haïtiens : l'expulsion, le retour vers un pays que les avocats décrivent comme dangereux, et que certains documents judiciaires mentionnent de manière glaçante — quatre femmes haïtiennes déportées en février ont été retrouvées décapitées mois plus tard.

Le contraste entre le ton légal de la décision et la réalité qu'elle produit mérite attention. Le juge Samuel Alito, rédacteur de l'opinion majoritaire, a écrit que les commentaires méprisants de Trump sur les Haïtiens — l'affirmation qu'ils « ont probablement le sida », les rumeurs sur les migrants mangeant les animaux domestiques en Ohio — étaient « insuffisants pour démontrer » que la révocation était motivée par la race. La juge Elena Kagan, en dissidence, a noté que ces commentaires étaient « si répugnants et si chargés de race que la majorité refuse de les écrire ». C'est un détail révélateur : la majorité reconnaît implicitement l'existence de ces propos, mais décide qu'ils ne suffisent pas à invalider une décision administrative. La procédure prime sur le contexte politique.

Ce qui se dessine ici, c'est un Haïti saisi uniquement par le prisme de la politique migratoire américaine. Les abogados avertissent que « des milliers de personnes innocentes mourront de manière violente et inutile ». Viles Dorsainvil, qui dirige un centre d'aide aux Haïtiens à Springfield, Ohio, décrit des familles en suspens, des enfants dont la scolarité est mise en pause, des parents immobilisés. Rita Siebenaler, résidente d'une maison de retraite en Virginie, craint la perte des soignants haïtiens qui travaillent dans les établissements de long séjour. Haïti apparaît ici non comme une nation avec une histoire, une économie, une politique, mais comme une source de problèmes à gérer, de population à contrôler, de main-d'œuvre à évaluer.

Il y a une ironie sombre dans la manière dont Stephen Miller, le subjefe de gabinete de la Maison Blanche, célèbre ce jugement comme « une victoire qui a pris dix ans ». Dix ans de procédure, dix ans d'attente, pour autoriser enfin l'expulsion de gens qui vivent et travaillent aux États-Unis depuis longtemps. Le programme TPS, rappellent les autorités fédérales, était censé être temporaire. Mais la temporalité, comme la presse étrangère ne le souligne pas assez, est une question politique, pas juridique. Ce qui était temporaire s'est prolongé parce que Haïti n'a pas cessé d'être dangereux. Ce qui change maintenant, c'est que Washington décide de cesser de le reconnaître.

La presse internationale couvre cette décision comme un événement juridique américain. C'est exact. Mais ce faisant, elle accepte un cadrage qui rend Haïti invisible en tant que réalité : invisible en tant que pays où les gens reviendraient, visible seulement comme le problème que d'autres pays doivent résoudre. La Cour suprême américaine a parlé. Haïti, lui, reste muet dans ce récit.

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