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🇭🇹 Haitílunes, 29 de junio de 2026

Éditorial du jour

La décision de la Cour suprême américaine du 25 janvier 2025 ne raconte pas une histoire sur Haïti. Elle raconte une histoire sur la capacité d'un gouvernement à ignorer la réalité du pays vers lequel il envoie des gens. Et c'est précisément ce que la presse internationale ne dit pas, ou dit mal.

France 24 rapporte les faits avec rigueur : le vote 6-3 en faveur de l'administration Trump, l'autorisation de révoquer le statut de protection temporaire pour 350 000 Haïtiens, la mention que quatre femmes haïtiennes déportées en février ont été retrouvées décapitées quelques mois plus tard, jetées dans une rivière. Elle rapporte aussi que les avocats spécialisés dans l'immigration affirment que Haïti reste dangereux, que la violence des gangs a déplacé plus d'un million de personnes. Tous les éléments sont là, alignés, comme des preuves présentées à un juge qui ne veut pas les voir.

Mais voici ce qui manque au cadrage international : l'absurdité logique du jugement. La Cour suprême permet à l'exécutif américain de révoquer une protection créée précisément parce que le pays était jugé impropre aux retours. Le statut de protection temporaire, rappelle France 24, a été accordé à Haïti en 2010 après le tremblement de terre, puis prolongé à plusieurs reprises en raison de la violence gangs. Le mécanisme lui-même reconnaît l'instabilité permanente. Or, la Cour suprême dit maintenant : cette instabilité ne vous protège plus, parce que le gouvernement a décidé qu'elle ne vous protégeait plus, et les juges ne peuvent pas contredire cette décision.

Ce qui frappe dans la couverture, c'est l'absence de surprise. France 24 documente le jugement comme on documente une procédure administrative. Il y a une mention des rumeurs fausses amplifiées par Trump pendant sa campagne électorale, des histoires de chiens et de chats mangés par des Haïtiens. Il y a une référence au précédent de l'interdiction de voyager imposée aux pays à majorité musulmane. Mais il n'y a pas d'indignation, pas même de questionnement sur le fait que le gouvernement américain envoie délibérément des gens vers un endroit qu'il reconnaît comme dangereux.

La presse étrangère traite cette décision comme une victoire procédurale de Trump, une affaire de contrôle judiciaire et d'autorité exécutive. C'est vrai. Mais en se concentrant sur le droit américain, elle occulte la réalité haïtienne qui se trouve au cœur du jugement. Haïti n'est pas un cas de droit constitutionnel. Haïti est un pays où les femmes déportées disparaissent et réapparaissent sans tête. Et la presse internationale, en rapportant cette décision comme une affaire de procédure, accepte le cadrage qui permet à cette réalité de devenir invisible.

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