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🇭🇹 Haitímartes, 30 de junio de 2026

Éditorial du jour

Le secrétaire américain à la Sécurité intérieure propose une transaction qui révèle, par son apparente clarté, l'aveuglement systématique de la presse internationale face à Haïti. Markwayne Mullin offre aux Haïtiens un choix : régulariser leur statut, ou accepter un billet d'avion et 2 100 dollars pour rentrer chez eux. C'est un marché qui semble honnête. C'est un marché qui est impossible.

La presse rapporte les chiffres sans vraiment les peser. Trois cent cinquante mille Haïtiens vivraient sous cette protection temporaire depuis 2010, depuis le tremblement de terre. Certains ont construit des vies, ouvert des commerces, élevé des enfants nés aux États-Unis. Springfield, Ohio, compte sept entreprises haïtiennes dans un centre commercial qui était autrefois moribond. Franky Pierre, qui a fui le coup d'État de 1991, regarde cette décision et comprend immédiatement ce qu'elle signifie : le départ. La presse note son inquiétude, mais elle note aussi, avec la même tonalité neutre, que le gouverneur républicain du Ohio, Mike DeWine, appelle la décision une erreur.

C'est ici que la narration internationale devient intéressante par ce qu'elle ne dit pas. DeWine énumère les faits : les gangs violents contrôlent la plupart du pays, le gouvernement fonctionne à peine, l'économie est en ruines. Ce sont exactement les conditions qui ont justifié le TPS en 2010. Ce sont exactement les conditions que le Département d'État américain lui-même cite aujourd'hui pour déconseiller les voyages à Haïti. Et pourtant, la Cour suprême, par un vote conservateur de six contre trois, a jugé que les Haïtiens qui contestaient cette expulsion n'avaient aucune chance de prouver que la décision était raciste.

La presse étrangère rapporte cette contradiction sans vraiment la nommer. Elle cite les avocats des migrants, elle cite les défenseurs des droits, elle rapporte les menaces de bombes à Springfield et les marches de suprémacistes blancs. Mais elle traite tout cela comme des éléments d'une histoire politique américaine, non comme des symptômes d'une réalité haïtienne que personne ne veut vraiment examiner.

Car c'est là le cœur du problème qui échappe au cadrage international : on ne peut pas offrir un billet d'avion et 2 100 dollars à quelqu'un pour le renvoyer dans un pays que le gouvernement qui le renvoie lui-même déclare trop dangereux pour qu'on y voyage. C'est un acte qui ne peut exister que si on refuse de voir Haïti comme il est réellement. Et la presse internationale, en rapportant cette proposition sans la qualifier de ce qu'elle est, participe à ce refus.

Quelques voix républicaines s'élèvent, certes, contre cette décision. Mais elles s'élèvent en Amérique, pour des raisons américaines : l'économie de Springfield, les commerces haïtiens, les perturbations sociales. Personne ne s'élève en disant simplement : c'est impossible, parce qu'Haïti n'existe plus comme destination viable pour les humains qui le quittent. Pas même la presse qui, chaque jour, rapporte que c'est vrai.

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